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Au Pré, l’éducation aux médias envoie de bonnes ondes

Publié le mardi 1 juin 2021 12:01 - Mis à jour le mercredi 2 juin 2021 19:03
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Lancé par le Département en octobre après l’assassinat de Samuel Paty, le dispositif d’éducation aux médias Agora prend forme. Exemple au collège Jean-Jacques Rousseau au Pré-Saint-Gervais.

« Bienvenue sur Radio 93, la radio des 4e C du collège Jean-Jacques Rousseau. » Sur les visages des élèves, la concentration est maximale. Dans la salle de réunion de ce collège du Pré-Saint-Gervais transformée pour l’occasion en plateau radio, Émilie et Noah, à la présentation, viennent de lancer l’enregistrement de l’émission. L’étape finale d’une résidence de journalistes du media d’éducation populaire Radio Parleur, qui se sera déroulée de novembre à mai, malgré les vicissitudes du Covid.
Un rapide coup d’oeil au conducteur nous renseigne sur la densité des débats. Pour cette émission spéciale sur l’engagement - seule figure imposée - la vingtaine de 4e s’est montrée inspirée : trois blocs de vingt minutes chacun rythment le programme, avec pour thèmes l’écologie, le racisme dans certains médias et la lutte contre les discriminations LGBT. « Ces trois thèmes se sont imposés assez naturellement chez les élèves, quand il a été question d’engagement. Pour la question du racisme dans les médias, elle a surgi après certains débats à la télé faisant suite à l’assassinat de Samuel Paty, qui donnaient à fond dans l’amalgame entre musulmans et islamistes, ce qui a choqué certains élèves », retrace Violette Voldoire, journaliste à Radio Parleur et référente du projet.
Au sein de chacun de ces thèmes, s’enchaînent les chroniques et autres interviews. Durant ces 6 mois au pays des ondes, les apprentis journalistes ont appris à vérifier une information, réaliser un reportage ou préparer une interview. Comme celles de Léna Lazare, militante écologiste, ou de Pauline Perrenot, journaliste à Acrimed, qui décrypte en général le traitement médiatique des luttes sociales.

Restitution à la BNF

« Le but était de les mettre un maximum en situation d’action, de les amener à avoir de l’esprit critique sans tomber dans une défiance assez stérile envers « les journalistes » dans leur ensemble », resitue Marion Seine, cheffe de projets à Citoyenneté Jeunesse, structure qui porte ces résidences de journalistes. Mission assez réussie quand on écoute la chronique de Mélina sur les Ouïghours. « J’ai choisi ce sujet parce que je trouve que les médias n’en parlent pas assez. Il s’agit quand même d’un peuple victime d’un génocide, qui se fait emprisonner en masse par le régime chinois. », souligne-t-elle. Et la jeune fille de citer au rang des bénéfices de cette expérience radio « le fait de savoir désormais mieux ce qui se passe sur un plateau ».
Aris, présentateur du journal de l’écologie, retient quant à lui « les connaissances et de la tolérance » que lui ont apportées ce projet. « Et puis, ça a quand même changé ma manière de m’informer au sens où maintenant, je vais systématiquement recouper l’information. », dit celui qui s’est aussi mis aux podcasts.

Violette Voldoire, journaliste co-fondatrice de Radio Parleur

« Avec cette initiative, les élèves ont incontestablement compris qu’il était important de croiser ses sources, de ne jamais se fier qu’à un seul article. Mais surtout, ils ont gagné en aisance à l’oral et aussi en confiance, avec à l’arrivée une émission bien structurée », se félicite la documentaliste Angélique Leduc, qui accompagnera début juin ses élèves à la BNF pour le temps final du projet. Là, leur émission radio ainsi que les productions issues de trois autres résidences – une série de reportages (Public Sénat), une création libre texte-photos (Causette) et un webzine autour de l’idée de bénévolat dans le sport (journaliste indépendant)- auront l’honneur d’être archivés dans la plus grande bibliothèque de France.

Christophe Lehousse
Photos : Sylvain Hitau