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La Grande Bibliothèque leur déroule le tapis rouge

Publié le jeudi 10 juin 2021 09:54 - Mis à jour le vendredi 11 juin 2021 09:41
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Mardi 8 juin, quatre résidences de journalistes menées dans des collèges du département ont connu leur dénouement à la Bibliothèque nationale de France. Reportage et vidéo.

 

Une émission de radio, une série de 5 interviews vidéos, un magazine et un webzine : la Bibliothèque nationale de France a encore enrichi ses collections de quatre acquisitions supplémentaires. Avec la particularité que ces quatre productions sont l’œuvre de collégien·ne·s, réuni·e·s mardi dans l’auditorium de la Grande Bibliothèque pour mettre le point final à quatre résidences de journalistes, suivies tout au long de l’année. « C’est vraiment impressionnant. Personnellement, c’est la première fois que je mets les pieds ici », commentait une jeune 4e du collège Jean-Jacques Rousseau au Pré-Saint-Gervais, l’un des établissements impliqués.
En cette année de Covid, de solidarité et de résilience, le thème commun à ces résidences de journalistes lancées par le Département et portées par l’association Citoyenneté Jeunesse était tout trouvé : l’engagement. En dehors de ce cadre, les collégien·ne·s avaient carte blanche pour interpréter ce mot d’ordre comme ils le souhaitaient.

"Journalisme engagé"

Au collège Pierre-André Houël de Romainville, la présence de deux journalistes de la chaîne Public Sénat combinée aux inspirations des élèves aura ainsi débouché sur 5 interviews vidéos de personnalités locales caractérisées par leur engagement (à retrouver ce week-end sur le site de Public Sénat). A Jean-Jacques Rousseau, au Pré, c’est une émission radio très riche, creusant les sujets de l’écologie, de la défense des droits LGBT et du racisme dans les médias, qui sera née des efforts des collégien·ne·s et de la radio d’éducation populaire Radio Parleur. Au collège Travail-Langevin de Bagnolet, on aura transpiré sur le webzine « C comme collectif », autour de l’engagement à travers le sport.

Enfin, l’établissement Politzer de Bagnolet aura lui « kiffé » l’exercice en rendant « Le grand A », un magazine sur l’amour (avec les journalistes Laura Lafon et Didier Valentin).
Avec, aussi différentes que soient les réalisations à l’arrivée, des prises de conscience communes. « Moi au début, je pensais qu’un journaliste était toujours en costard, bien habillé pour passer à la télé. Mais j’ai compris que ce n’était pas ça leur métier. Leur métier, c’est de faire passer des informations. », confiait ainsi Mame-Diarra, en 4e à Pierre André-Houël.
« Avant ce projet, je pensais que les journalistes étaient forcément neutres, qu’ils n’avaient pas d’avis. Mais je me suis rendu compte qu’on pouvait faire du journalisme engagé, sans fausser la réalité évidemment. », retenait quant à lui Aris, marqué par l’interview de Siham Assbague, journaliste militante ayant dénoncé certaines violences policières survenues en banlieue.

Un engagement aussitôt mis en pratique par Carla, une élève de 3e à Travail-Langevin qui avait elle choisi de livrer un article sur le sexisme dans le foot à son webzine « C comme collectif ». « J’ai choisi ce sujet car même si je n’y ai pas été confrontée directement, je sais qu’il y a encore beaucoup d’inégalités filles-garçons dans le sport. Par exemple, je me souviens que lorsque la Norvégienne Ada Hegerberg avait obtenu le premier Ballon d’or féminin de l’histoire, un présentateur lui avait demandé d’exécuter une danse super sexuelle. Est-ce qu’on demanderait ça à un homme ? C’est le genre de choses qui doivent changer », confiait cette ancienne pratiquante à l’Académie de foot de Bagnolet.

"Restaurer la confiance"

Du côté des journalistes ayant participé à l’aventure, on était aussi conquis, malgré parfois les trésors d’inventivité qu’il aura fallu déployer pour dribbler le Covid. « Je pense que ce genre de dispositif est salutaire dans la mesure où il peut restaurer le lien de confiance quand même bien mis à mal entre certains jeunes et les médias. Et puis, même s’ils ne deviennent pas journalistes, les compétences acquises – la recherche d’infos, la capacité à structurer sa pensée, à retranscrire – ne sont jamais perdues », estimait Clément Le Foll, journaliste indépendant au sein du collectif Hors Cadre, basé à Pantin et ayant piloté le projet « C Comme collectif ».
« On entend souvent que les jeunes sont désengagés, nombrilistes. Ce projet prouve le contraire. La chose politique les intéresse, on a pu s’en rendre compte. Mais évidemment, leur intérêt ne va pas naître tout seul, il faut l’accompagner. C’est le sens entre autres de ce genre de projets », jugeaient quant à elles Samia Dechir et Marion Vigreux, journalistes de Public Sénat ayant passé une bonne partie de l’année en résidence à Romainville.
Cette curiosité à l’état pur, ces échanges souvent tendres entre jeunes et professionnels, on pouvait aussi les retrouver dans le beau documentaire « Pré je fus » de Louis Séguin, qui aura suivi l’intégralité des 4 résidences tout au long de l’année (et rediffusé le 16 juin dans le cadre du festival Côté Court de Pantin).

L’engagement du Département aux côtés de l’Éducation nationale pour davantage d’éducation aux médias n’est en tout cas pas près de fléchir : l’année prochaine, le dispositif Agora, qui prévoit l’intervention d’au moins un journaliste dans chaque collège public de Seine-Saint-Denis, ainsi que 8 résidences de journalistes, viseront ainsi à stimuler encore plus la liberté d’expression et l’esprit critique de chaque collégien·ne. Avec, pour les résidences de journalistes, ce thème de circonstance : « Demain ».

Christophe Lehousse
Photos : ©Sophie Loubaton
© Bibliothèque Nationale de France - Dominique Perrault, architecte / Adagp, Paris 2021